Leonie Pernet

samedi 30 mars
14h30 17h30
Cloitre de l'hôpital

Leonie Pernet

samedi 30 mars – Cloitre de l'hôpital
14h30 17h30

Comme une plongée dans un liquide amniotique, le premier album de Léonie Pernet,
28 ans, donne le vertige des nuits sans fin. Ces nuits passées à boxer contre soimême,
sans savoir s’il y aura un matin. Crave : ce disque serait celui d’un désir oppressant,
griffé d’ombres et d’éclats, un désir inquiet qu’il aura fallu trois ans à Léonie
depuis Two of us, son premier EP (Kill the DJ Records) remarqué en 2014, pour
l’éprouver, le composer et, enfin, le partager.
Disque de l’intranquilité, cet album fut composé dans une solitude totale, parfois
toxique, que seul Alf (Stéphane Briat) vint sublimer au mixage. C’est que Léonie, qui fit
ses armes auprès de Yuksek en tant que batteuse, ne soutient pas le compromis et
prend toutes les décisions seule : chacun des 11 titres de ce disque fut composé dans
l’évidence foetale, et arrangé dans un studio de Barbès qui aurait pu être renommé
l’intime conviction. Un disque de la solitude donc — mais d’une solitude peuplée.
Unique, Léonie n’en est pas moins foule. Foule de talents, d’abord. Batteuse, pianiste,
arrangeuse, chanteuse à la tessiture en grand écart, Léonie est un kaléidoscope.
Foule d’influences, aussi. Et si dans African Melancholia on devine les animaux mécaniques
de Marilyn Manson, dans Crave c’est le spectre baroque de Klaus Nomi qui
apparait. Ailleurs ce sont les voix aériennes de Mansfield Tya, le souvenir de Jeanne
Moreau, de Rachmaninov ou même de Philip Glass dans le très minéral Caribou. Un
poème de François de Malherbe donne à Rose ses paroles quand, non loin, la sublime
Hanaa psalmodie en arabe l’inquiétude d’être.
Crave est un disque de collisions. Il faut l’imaginer comme une traversée en eaux
bleues, parcourue de créatures hybrides et légendaires. Des amphibies métissés,
comme l’est la vie de Léonie. Une trajectoire faite de dépendances et d’affranchissements
successifs. Après une scolarité houleuse et un bac passé en candidate déjà très
libre, Léonie étudie les arts sacrés et la musique liturgique à la fac, tout en organisant
ses premières soirées en club (les Corps VS Machines, chez Moune), conjuguées à
une conscience politique active (entre 2013 et 2016, elle propose sur internet les poétiques
et engagés Mix pour tous, Mix debout et Mix d’entre deux tours). Un quotidien
composé d’électro griffant, de colères ciblées et de puits de lumière mystiques, donc,
semblable au disque dont il accouche aujourd’hui.
Et puis, et surtout peut-être, il y a l’horizon. Car la musique de Léonie Pernet, réverbérée
et cinématographique (elle signe la BO de Bébé Tigre de Cyprien Vial en 2015, et
deux titres dans Marvin d’Anne Fontaine en 2017) est aussi spacieuse qu’un lieu de
culte. Sa voix souf flée, un appel d’air. Ses fins de morceaux, des portes dérobées.
Toute confinée qu’elle est quand elle compose, Léonie Pernet à le goût des sorties qui
ouvrent, des outro qui l’emportent ailleurs. Et achevant l’écoute de ce disque comme
on sort d’une insomnie fiévreuse, peut-être sentirez-vous le vent d’un matin plus doux,
léger comme une chanson, toi qui ne veux rien dire, toi qui me parles d’elle, de ses
nuits, de nos nuits…

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