CHEAP HOUSE

vendredi 18 mars
Le Club

CHEAP HOUSE

vendredi 18 mars – Le Club

Cheap House réunit deux mondes sur la scène d’un club de jazz : le quartet strasbourgeois joue de la techno et de la house, utilise l’improvisation comme le ferait un producteur en live ou un DJ en plein set, en ressentant l’énergie du public, le baladant de boucles en drops… Mais le tout sur instruments, sans séquences ni ordinateurs.
L’histoire commence, évidemment, en soirée. Un de ces concerts organisés par le collectif et label strasbourgeois Omezis, pendant lequel quatre musiciens de la bande, Théo (basse), Mathieu (batterie), Paul (saxophone) et Nils (synthétiseurs) s’attachent à construire des ponts entre le jazz et d’autres styles. Ce jour-là, fin 2018, c’est la techno et la house. Et c’est le coup de foudre. Cheap House est né.

Mais attention : il ne s’agit pas ici de quatre musiciens de jazz qui reprennent des morceaux électroniques qu’ils auraient retranscrits sur partitions. Ni non plus d’une fusion stricto sensu. Car ici, le jazz est une démarche, une méthode. Une philosophie plus qu’une esthétique, répètent-ils à l’envi. Celle de l’improvisation, de l’ouverture d’esprit, du partage, de la fête aussi. Question de génération : les quatre vingtenaires, baignés pendant leur adolescence de French Touch, qu’elle vienne de l’époque des Daft Punk et Cassius ou de leurs héritiers Justice, se sont rencontrés autour du jazz, qu’ils ont étudié au conservatoire. Une formation qui pose des bases bien sûr, mais qui ne fait pas tout : avec Cheap House, tout l’enjeu est de déconstruire cette image quelque peu sclérosée d’un genre supposé élitiste, quand il n’est pas cantonné aux ascenseurs et aux lobbys d’hôtels de luxe. Non, le jazz en 2021 peut être bien plus divers que ça, inclusif, populaire. Il peut venir d’une cave animée, où artistes et fêtards se croisent et se confondent, tout ce petit monde partant ensuite danser dans le club voisin, pourquoi pas dans le sud londonien où sévit depuis une dizaine d’années une scène UK Jazz (The Comet Is Coming, Yussef Kamaal et les productions de la moitié du duo, Henry Wu…) qui fascine les quatre Strasbourgeois.
C’était tout naturel que l’expérience Cheap House, nommée en hommage aux sons bons marchés mais magiques des pionniers de l’électronique, dépasse le cadre d’une seule soirée. La techno et la house étaient déjà là, intégrées dans la culture de ces quatre boulimiques de son, dans leur vie de tous les jours – et de toutes les nuits. Il suffisait simplement de s’y plonger davantage, de digger, écouter des heures et des heures de musique, revenir aux origines, jouer aux archéologues tout en continuant à regarder vers le futur. Ce qu’ils ont fait, assidus. Après avoir participé aux iNOUïS du Printemps de Bourges en 2020, puis signé avec l’agence de tour Wart (Arnaud Rebotini, Fabrizio Rat, Meute, Acid Arab…), ils s’entourent, pour un premier EP sorti en avril 2021, de l’ingénieur du son Pierre Favrez de Cabaret Contemporain, groupe grand frère expérimentant aussi autour d’une techno instrumentale audacieuse.

Puis quelques mois plus tard, le producteur Arnaud Rebotini, maître des synthétiseurs et encyclopédie vivante de la musique, les aidera à peaufiner leurs recherches. Une rencontre organisée par le dispositif d’accompagnement Opération Iceberg, qui ne devait être qu’éphémère. Mais Arnaud Rebotini finira par produire et participer au deuxième EP du quartet attendu pour 2022, où l’influence d’Underground Resistance, clé de voûte de la techno de Detroit, se fait plus que jamais sentir. Le lien est évident : cette techno portée par les pionniers Jeff Mills, Juan Atkins ou plus tard Carl Craig, a pris racine dans une ville sinistrée qui a vu naître la Motown, et sous les doigts de producteurs afro-américains influencés par le jazz. Producteurs qui viennent aujourd’hui inspirer quatre instrumentistes abattant des chapelles pour les transformer en club. La boucle, et c’est le cas de le dire, est bouclée.
[Encadré Arnaud Rebotini] : « Ça fait longtemps que la rencontre entre jazz et musique électronique m’intéresse, et que je me questionne sur ce qu’est le jazz en 2021. Cette génération de musiciens à laquelle appartient Cheap House a dépassé ma génération, dans le sens où ils ont complètement intégré la musique électronique comme étant une esthétique artistiquement pertinente, voire même une sorte de passage obligé pour pouvoir être créatif et s’affranchir des grands maîtres du passé. Ils sont post-techno.”